Mon parcours : des mathématiques à l'intelligence artificielle
Ce récit a été publié pour la première fois fin 2016 sur stileex.xyz, où il a touché des milliers de lecteurs et suscité plus d'une centaine de témoignages. Je le republie ici, chez moi, dans une version relue pour la lisibilité, fidèle au fond, et complétée des chapitres 2018-2026.
Que de chemin parcouru depuis mon enfance dans une famille de la classe ouvrière immigrée, sans un sou en poche. Comment me suis-je retrouvé chef d'entreprise alors que je me destinais à une carrière de chercheur en mathématiques ? Comment ai-je remonté la pente après avoir touché le fond, en échouant à ma première expérience de créateur d'entreprise ? Et comment ce long détour m'a-t-il finalement ramené à mon point de départ, les mathématiques, par le chemin le plus inattendu : l'intelligence artificielle ?
Avant de commencer, j'aimerais que vous gardiez ce message :
Peu importe qui vous êtes : pauvre, riche, homme, femme, sans emploi, PDG, étudiant... Je vous donnerai toujours au moins dix minutes de mon temps si vous voulez discuter avec moi.
Une formation académique en mathématiques
J'ai obtenu mon bac S en 1999, mention Bien, spécialité mathématiques. J'ai été admis juste après en classes préparatoires aux grandes écoles au lycée Janson-de-Sailly (Paris 16ᵉ), en maths sup, puis en MP*, la classe qui prépare les écoles les plus sélectives : ENS, École polytechnique, Centrale, les Mines. Mon seul rêve d'alors : intégrer Polytechnique.
J'échoue une première fois au concours en 2001, refais une année de MP* au lycée Condorcet (Paris 9ᵉ), et j'échoue une seconde fois en 2002. Mon premier logement est une chambre de bonne de 9 m² dans le 16ᵉ arrondissement, avec vue sur la tour Eiffel.
Je m'oriente alors vers une carrière de chercheur en suivant le cursus magistère et master de mathématiques fondamentales de l'université Paris XI (Orsay), de 2002 à 2005. La vie m'avait réservé un tout autre destin. Du moins le croyais-je : il faudra vingt ans aux mathématiques pour me rattraper.
Mes premières armes entrepreneuriales
Je n'ai pas attendu la fin de mes études pour faire mes premières affaires. En prépa à Condorcet, en 2001, on nous désigne, trois camarades et moi, organisateurs de la soirée annuelle du lycée : la Soirée Condorcet. J'étais à dix mille lieues d'imaginer que cette expérience changerait mon destin de matheux.
J'ai adoré organiser cette soirée : un défi, une première immersion dans le monde des affaires, énormément de rencontres, plusieurs milliers d'euros gagnés, et près de 1 200 personnes présentes le soir de l'événement.
Avec cet argent, j'achète mon premier ordinateur. Ma première connexion Internet suit immédiatement, avec les fameux CD-ROM de connexion 56k de l'époque. Depuis, je ne me suis plus jamais déconnecté du web : je crée mon premier site en 2002, puis j'adhère en 2003 au programme publicitaire AdSense. L'activité LeeX Network était née.
En parallèle, je monte une association avec le noyau d'amis de la Soirée Condorcet, et nous organisons des événements à Paris. Cette association donne naissance en 2006 à ma première vraie société, spécialisée dans le marketing événementiel : F Entreprise, une SAS au capital de 37 000 euros.
La chute
En 2006, j'ai 25 ans. Jeune, sans expérience, mais avec la rage au ventre, je me bats avec quelques amis pour lancer F Entreprise. Le business plan que j'avais mis tant de soin à élaborer se révèle très éloigné de la réalité.
Nos premières soirées, qui devaient faire décoller l'activité, sont des échecs. Je prends alors conscience de l'importance fondamentale de la trésorerie : nous avions des idées et du potentiel, mais aucun produit qui génère du cash immédiatement.
Dans un dernier souffle, nous remontons la pente en revendant sur Internet des produits imprimés aux organisateurs d'événements, un milieu dont nous connaissions bien les besoins. L'argent rentre enfin, mais je commets deux erreurs fatales : j'augmente aussitôt les charges fixes en louant des bureaux plus grands, et toute l'activité repose sur un fournisseur unique, dont la qualité ne suit pas.
Les retours de produits affluent, ce qu'il reste de l'équipe se démotive, le compte en banque se vide. Moins de deux ans après sa création, F Entreprise ferme. Nous sommes fin 2007.
Pour payer mon loyer et rembourser mes dettes, je prends un emploi alimentaire : préposé aux frites et caissier au McDonald's des Ulis. Je tombe en dépression. Je me sens un moins que rien. J'ai touché le fond.
La découverte de la vente
Après plusieurs mois passés sans bouger de mon lit, je me dis : « Simon, ça ne peut pas se terminer comme ça. » J'allume mon ordinateur et réponds à la première offre d'emploi qui n'exige ni diplôme ni expérience tout en offrant un salaire correct : technico-commercial terrain chez Securitas Direct (Verisure). Concrètement, vendre des alarmes en porte-à-porte.
Sur le papier, cela peut sembler déclassant pour un bac+5 en mathématiques. Ce fut l'expérience la plus utile de toute ma vie.
Elle m'a d'abord resocialisé, après des mois sans contact humain. Elle m'a surtout enseigné ce que je considère comme le secret pour réussir, dans la vie personnelle comme professionnelle : savoir vendre.
Ce n'était pas ma première expérience de vendeur : étudiant, je vendais des machines à café les week-ends et pendant les vacances, payé modestement mais assez pour régler mon loyer, car je subviens seul à mes besoins depuis mes 17 ans. Déjà à l'époque, j'aimais le contact client et la satisfaction de résoudre un problème avec mon produit.
Je ne remercierai jamais assez les instructeurs qui m'ont enseigné l'art de la vente. J'ai compris qu'il vaut mieux savoir vendre qu'avoir le meilleur produit, et qu'aucune stratégie marketing ne remplace l'efficacité d'une approche personnelle et d'une vente en direct. Je tenais l'outil qui allait me faire réussir.
Après Securitas Direct, je travaille pour deux promoteurs immobiliers puis pour la marque Alter Eco, comme chef de secteur dans l'ouest de la France.
Retour à l'entrepreneuriat
On ne se refait pas : je suis né entrepreneur. Fin 2009, je démissionne d'un poste confortable, voiture de fonction et avantages compris, pour me remettre à mon compte. Je reprends LeeX Network, que je n'avais jamais vraiment abandonné : des journalistes rédigeaient des articles que je publiais sur mes sites, et l'activité rapportait quelques centaines d'euros par mois.
Je réalise aussi un rêve : quitter la France pour l'Europe centrale. J'arrive à Prague tout début janvier 2010. J'y vis deux années formidables : des rencontres de tous horizons, l'apprentissage du tchèque, un bel appartement en plein centre-ville, et deux à trois heures de travail par jour sur mes sites.
Au bout de deux ans, je me lasse pourtant de cette vie. Je gagne de l'argent avec quelques sites web, davantage par technique que par véritable création de valeur, et je me sens inutile. Je veux bâtir une vraie entreprise, et je pressens que ces revenus ne dureront pas éternellement. La suite me donnera raison. En novembre 2011, je m'envole pour Madagascar.
Madagascar
Le choc est immense : une capitale dense, bruyante, imprévisible, où la débrouille est partout et où l'extrême pauvreté côtoie une énergie entrepreneuriale hors du commun. Mais je ne me décourage pas. Je n'ai qu'un visa de trois mois pour créer et lancer une société.
En janvier 2012, je crée Euclide Premier, je recrute et forme trois employés, puis je repars à Prague. Je pensais pouvoir gérer l'équipe à distance en ne venant que trois ou quatre fois par an. Je me trompais : sans présence sur place, l'entreprise n'avait aucune chance. Il fallait choisir. Rester à Prague signifiait un nouvel échec entrepreneurial, et cela, c'était hors de question. En mai 2012, je m'installe à Antananarivo.
Une nouvelle période difficile commence : la société ne décolle pas, mes sites ne rapportent plus, mes premiers employés me quittent, l'un d'eux tente même de m'extorquer de l'argent. Je compte chaque dépense et je me demande comment finir le mois. Nous sommes mi-2013.
Le déclic : l'abonnement tout inclus
Je ne lâche pas. J'avais vendu plusieurs sites web en France et à Madagascar, et fait un constat simple : un site vendu ne rapporte qu'une fois, alors que l'hébergeur, lui, perçoit une rente annuelle sur chaque site en ligne. Or très peu d'hébergeurs étaient implantés à Madagascar, et le plus sérieux était hors de prix. Je lance donc mon activité d'hébergement web.
Je passe plus d'un mois à travailler nuit et jour, au sens littéral : serveur mutualisé, système de facturation, site, offres commerciales. Les premiers clients arrivent, mais pas assez vite : pour acheter un hébergement, il faut d'abord avoir un site.
Alors j'invente le concept qui va tout changer : au lieu de payer une somme conséquente une fois pour l'achat de son site, le client paie un abonnement annuel qui inclut la création, l'hébergement, le nom de domaine et le support. Nous sommes en 2013, et ce modèle, le site web en abonnement tout inclus, deviendra ma signature.
Les ventes décollent. L'abonnement me fait rencontrer beaucoup de chefs d'entreprise qui, de fil en aiguille, m'achètent d'autres services.
2016 : le cap est passé
En novembre 2016, au moment où j'écris la première version de ce récit, la société d'hébergement, renommée Simafri, dépasse les 1 000 clients en abonnement actif, dont de prestigieuses entreprises malgaches. LeeX Network fait travailler plusieurs dizaines de collaborateurs sur de beaux médias en ligne, dont Annuaire.mg. J'ai créé une autre société, spécialisée dans les systèmes d'information, avec une vingtaine d'employés et de grands comptes en portefeuille. J'ai même présenté une émission consacrée au web à la télévision nationale malgache.
Je viens d'avoir 35 ans. Je sais que l'avenir me réserve encore des coups durs, mais je les attends de pied ferme.
Transmettre : les formations à la vente
La publication de ce récit a un impact que je n'imaginais pas : des commentaires, des messages, des rencontres. Beaucoup de lecteurs me témoignent que mon histoire les inspire, et me demandent des formations et des conférences.
En avril 2017, je donne ma première formation-conférence, « Devenez un meilleur vendeur », à Antananarivo. Près de 350 personnes remplissent la salle ; certains acceptent de rester debout, faute de places assises. Commerciaux, entrepreneurs, dirigeants, étudiants, fonctionnaires, enseignants : le public dépasse tout ce que j'avais espéré. Une deuxième formation-conférence suit, consacrée à la persévérance. Je garde une profonde gratitude envers le peuple malgache, qui m'a accueilli et m'a fait confiance.
En décembre 2017, je crée une société à Maurice pour porter mon modèle au-delà de Madagascar, dans l'océan Indien et en Afrique.
2018-2022 : consolider
Les années suivantes sont celles de la consolidation. Simafri s'affirme année après année : sites Internet gérés, logiciel de gestion, hébergement web et mail. Le modèle en abonnement tout inclus prouve sa solidité, et le portefeuille s'étend bien au-delà de la Grande Île : nos clients se répartissent aujourd'hui dans 42 pays.
Ces mêmes années font aussi mûrir un engagement d'une autre nature. Ma foi prend une place centrale dans ma vie, et donnera naissance à JesusBYS, une communauté chrétienne en ligne multilingue que je porte bénévolement : se mettre, très simplement, au service de Jésus.
L'intelligence artificielle, ou le retour des mathématiques
Pendant ce temps, une lame de fond se prépare. Dès 2015, quand Google rend publique sa bibliothèque TensorFlow, je fais partie des premiers à m'en emparer pour explorer l'apprentissage automatique. Le sujet me passionne d'autant plus qu'il parle ma langue maternelle intellectuelle : l'algèbre linéaire, les probabilités, l'optimisation. Les mathématiques que j'avais laissées derrière moi reviennent par la grande porte.
Cette longueur d'avance me fait agir tôt : dès 2021, je lance Epovest, avant même que le grand public ne découvre l'IA générative. Fin 2022, la sortie de ChatGPT confirme mon intuition : nous vivons une révolution technologique majeure, au même titre que l'imprimerie, la révolution industrielle ou l'électricité. Je décide d'y consacrer l'essentiel de mon temps : étudier les modèles en profondeur, expérimenter chaque jour, développer, mesurer.
Cette double casquette, l'étude des systèmes d'IA d'un côté, l'entrepreneuriat de l'autre, redessine tout mon portefeuille. Serenity by Simafri industrialise avec l'IA le modèle que j'avais inventé en 2013, et Simafri aide désormais ses clients à mieux contrôler ce que les IA disent d'eux. Epovest mesure la visibilité des entreprises dans les réponses des IA, et leur donne les leviers pour la façonner. Je refonds Stileex en maison de données : des prix et indicateurs vérifiés, publiés en séries continues et servis aux systèmes d'IA. Mesurer et façonner les réponses des IA, les alimenter en données, les mettre au travail : trois angles d'un même sujet.
Vingt ans après avoir renoncé à une carrière de chercheur en mathématiques, la boucle est bouclée. Le destin que je croyais avoir quitté m'a rattrapé, sous une forme que personne n'aurait pu prédire. La suite s'écrit en ce moment.